L’IRDSU réagit aux réductions de crédits engagées cet été : « La Politique de la ville mérite mieux qu’une « sanctuarisation de ses crédits » demain »

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Le gouvernement a pris au cœur de l’été des mesures budgétaires drastiques qui touchent notamment la Politique de la ville et les contrats aidés. Contrairement au discours national, il ne s’agit pas d’ajustements marginaux. Ces mesures ont dès aujourd’hui des conséquences concrètes et lourdes sur des politiques qui bénéficient avant tout aux plus fragiles, dans les quartiers, dans les écoles ou auprès des plus démunis. Et même si le ministre de la cohésion des territoires annonce aujourd’hui une “sanctuarisation des crédits en 2018”, le malaise est grand.

Suite aux premières réactions, le gouvernement s’est voulu rassurant et a minimisé l’impact des réductions budgétaires de la Politique de la ville. Or les acteurs locaux sont unanimes pour dénoncer des coupes brutales et arbitraires imposées aux communes et aux associations sans aucune concertation. Ce sont plusieurs centaines de milliers d’euros de crédits qui sont annulés dans certains départements (plus de 2 millions en Seine-Saint-Denis). Les préfectures annoncent aujourd’hui que des projets qui avaient été validés en début d’année, et donc pour beaucoup engagés depuis plusieurs mois, ne seront pas financés par l’État.

L’impact est réel et implacable pour les communes et les acteurs locaux : des actions sont annulées ; des projets de réussite éducatives sont amputés ; des associations se retrouvent dans des situations financières inextricables qui vont entraîner des licenciements…

De plus, ces choix ont été imposés en totale contradiction avec les engagements pris par l’Etat et l’ensemble des signataires des contrats de ville il y a quelques mois à peine. Ils sont une remise en cause complète des logiques partenariales et contractuelles sur lesquelles se fondent aujourd’hui les politiques de développement social et territorial. Une telle remise en cause en cours d’exercice est inédite.

Quel sens donner à l’engagement de l’Etat ? Quelle pourra être sa posture dans les échanges à venir pour animer les contrats de ville ?

A cela s’ajoutent les annonces de remise en cause des contrats aidés. Le gouvernement fait l’impasse sur l’effet “domino” et sur les conséquences structurelles de ces coupes budgétaires. Les crédits de la Politique de la ville ne sont que des outils qui s’intègrent dans des politiques complexes et interdépendantes qui permettent par “effet levier” de mobiliser des moyens beaucoup plus importants, de se coordonner avec les politiques dites “de droit commun” et d’assurer une vision large des enjeux de ces territoires. De même, les contrats aidés ne servent pas seulement à proposer des solutions d’insertion individuelles ; ils structurent l’action sociale et l’économie sociale et solidaire.

Sans ces outils, le développement social risque de s’affaiblir encore, la Rénovation Urbaine peut se déconnecter un peu plus des habitants, des chantiers d’insertion ou des actions éducatives peuvent s’arrêter définitivement, des jeunes demandeurs d’emploi et des chômeurs de longue durée peuvent se retrouver sans solution, des crédits européens importants peuvent être perdus…

Depuis quinze ans la Politique de la ville est régulièrement remise en cause sans vouloir reconnaître que ses moyens (1 millième du budget de l’Etat) sont plus que limités compte-tenu des enjeux. Le dernier rapport sénatorial le rappelait encore cet été. Elle est dévitalisée par des rabotages cycliques de ses moyens, par le recul de la capacité de l’Etat à la co-animer et par un abandon progressif de son rôle de développement territorial.

La réforme de 2014, conçue et engagée dans la concertation, a redonné du sens à la Politique de la ville. Alors si “la réussite des quartiers prioritaires est une priorité absolue du gouvernement” comme le dit Jacques Mézard dans son communiqué du 4 septembre, cela nécessite, au-delà d’une “sanctuarisation” dont on comprend encore mal le mécanisme, qu’un cap clair et remobilisant soit rapidement fixé avec tous les acteurs de la Politique de la ville. Et que l’Etat revienne sur ces décisions en honorant, a minima, les engagements qu’il a pris vis-à-vis des partenaires du contrat de ville.

Le Conseil d’Administration de l’IRDSU, le 8 septembre 2017

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Commentaires

  • La dimension « développement local »des contrats aidés mérite d’être mise en valeur. Le mouvement associatif et particulierement les SIAE et les acteurs de l’économie circulaire apportent au niveau local une cohésion,un lien social et une capacité d’innovation absolument indispensables. Une diminution de ces aides aura des répercussions dont il est difficile de mesurer les conséquences car elles ont un effet levier sur les dynamiques territoriales.

    De coatrieux le 11/09/17 à 15 h 19 min
  • Je partage l’analyse et la réaction et peux suggérer au gouvernement d’autres sourcesites d’économie. La ressource humaine dans les territoires et particulièrement dans les quartiers urbains et suburbains, comme dans l’espace rural, est le ferment indispensable de la cohésion sociale et territoriale. En faire l’économie risque de se payer beaucoup plus cher demain. Claude Grivel, président de l’Unadel

    De Grivel Claude le 12/09/17 à 20 h 47 min

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