La lettre d’info du réseau Réciprocités Languedoc-Roussillon n°1

LE MOT DU PRESIDENT :

L’assemblée générale de Juin 2013, puis la journée du 28 janvier 2014, ont mis en évidence un manque de circulation de l’information entre les membres de Réciprocités ainsi que le relatif isolement du conseil d’administration entre deux AG. Ce phénomène étant accentué par le fait que les occasions de rencontres et d’échanges entre professionnels membres et sympathisants (journées régionales d’étude, réunions de constitution des groupes thématiques) sont moins nombreuses que ces dernières années : du fait du passage de relais de Réciprocités vers le centre Ressources pour les premières, du fait de la stabilisation du fonctionnement des groupes pour les secondes.  Lors du dernier Conseil d’Administration qui s’est tenu le 15 Avril, il a donc été décidé d’organiser la diffusion à l’ensemble des adhérents d’informations concernant la vie de l’association et les réflexions en cours. C’est l’objet de cette lettre électronique.
N’hésitez pas à nous communiquer, par retour de mail,  toute information que vous souhaitez partager au niveau régional ou tout sujet vis-à-vis duquel vous souhaiteriez ouvrir les échanges.

RETOUR SUR LA FORMATION-ACTION 2013 :

La DRJSCS a proposé à Réciprocités de financer une formation-action à l’attention d’un groupe de chefs de projet volontaires membres de l’association. Cette formation organisée autour  de deux modules : Comprendre » puis « Agir », de trois jours chacun, s’est déroulée en 2013, elle a concerné 14 personnes.

NB : Nous reproduisons ci-après une partie d’une note synthétique réalisée à l’issue de la formation. La note complète de compte rendu ainsi que les documents utilisés par les intervenants de la phase « Comprendre » : Bruno Carlon (les enjeux : phénomènes ségrégatifs), Fériel Kachoukh (Intégration, discriminations), Pierre Kahn (pacte républicain, laïcité), et de la phase Agir :Jean-Marc Ditcharry (place des chefs de projet dans l’accompagnement au changement), Olivier Noël (favoriser l’expression de paroles citoyennes collectives)) sont à la disposition de ceux qui le souhaitent sur simple demande.

Préambule :
Les professionnels de la politique de la ville doivent au quotidien affronter le paradoxe suivant : ils sont perçus comme des spécialistes d’une intervention publique spécifique visant à traiter des situations considérées comme à la marge du fonctionnement urbain alors qu’ils ont la pleine conscience d’être sur « la ligne de front » d’une l’intervention publique placée devant les effets de dysfonctionnements centraux du même fonctionnement
La Politique de la ville :
Bruno Carlon
Face au développement des mécanismes ségrégatifs, l’action publique est dans une stratégie d’évitement qui est en quelque sorte « illustrée » par la politique de la ville :
–          Elle s’est dépolitisée au profit de l’aspect technique : on n’est plus sur l’objet on est sur l’outil (il n’y a plus de projet)
–          Elle persiste dans la logique descendante de l’universalisme égalitaire qui ne laisse aucune place au point de vue des publics (supposés responsables de leur situation)
–          Elle privilégie le traitement de la pathologie du quartier au détriment de la responsabilité de l’action publique
Fériel Kachoukh
La politique de la ville procède d’une approche « colour blind » qui ne « nomme pas » les populations des quartiers populaires, qui ne reconnaît pas l’ethnicisation de ces lieux
Jean-Marc Ditcharry
–          Comment s’inscrire dans un objectif d’accompagnement au changement (pour la politique de la ville) dans un contexte :
o   où le changement est associé à une menace de perte des acquis
o   où prévaut un  libéralisme forcené marqué par la dé-crédibilisation de l’action publique
–          Comment « l’accompagnateur au changement » peut éviter la posture en surplomb du donneur de leçons
–          Sur quel référentiel (issu d’un choix fondamentalement politique) s’appuie la démarche : référentiel plutôt intégratif et républicain, plutôt participatif et démocratique, ou carrément ségrégatif
–          Quelle légitimité (politique, administrative, citoyenne) pour la politique de la ville de porter une démarche d’accompagnement au changement (et quelle capacité à le faire)
Olivier Noël
Les politiques publiques n’échappent pas à la question de savoir « Qui est légitime pour définir le problème public ?» et au rapport social de domination (entre majoritaires et minoritaires) qui la sous-tend.
De fait, ce n’est qu’en partant des situations, en recueillant la parole des minoritaires, en contribuant à construire un rapport social égalitaire que l’on peut ouvrir la possibilité de penser le projet.
Agir ou (continuer à) faire semblant ?:
Bruno Carlon
Il importe de travailler un positionnement des équipes projet dans lesquelles les professionnels gagnent à être dans la position (inconfortable mais dynamique) de « marginaux sécants » pour :
o   reconstruire de l’inter sectorialité et une ingénierie collective afin de redonner du sens au projet
o   se dégager du traitement de la pathologie des quartiers en lui opposant la responsabilité de l’action publique
o   travailler simultanément parcours individuels et communautés de problèmes seule façon de sortir de l’opposition publics- territoires
o   dans cette perspective, se détacher de l’approche technico bureaucratique dans laquelle on voudrait confiner les équipes pour les repositionner sur le renforcement des corps intermédiaires- autonomes vis-à-vis du politique- et notamment le renforcement de la vie associative
Fériel Kachoukh
Stéréotypes et préjugés nous concernent tous de façon la plupart du temps inconsciente. Pour les contrer il est nécessaire d’organiser une veille permanente (individuelle ou en équipe) appuyée sur 3 conditions :
–          Prendre conscience de leur existence
–          Se sentir concernés (attitude « politique »)
–          Réagir aux stéréotypes, s’attacher à les invalider
Pierre Kahn
La laïcité est plus un principe démocratique qu’un principe républicain. Il ne s’agit pas aujourd’hui de rétablir une homogénéité culturelle fantasmée. Il s’agit de trouver les voies pour refaire du politique démocratique, de re-fabriquer collectivement du sens commun
Jean-Marc Ditcharry
Les stratégies locales  de l’action publique s’appuient essentiellement sur les politiques de droit commun. La politique de la ville qui a longtemps prospéré dans une « bulle » s’est éloignée culturellement de politiques de droit commun tout en développant une posture qui peut être perçue comme surplombante. Dans ces conditions, la gestion du changement peut, soit tenter d’imposer de nouveaux modes d’action, ce qui est peu crédible vu le rapport des forces en présence, soit travailler au traitement de cette différence culturelle (et plus largement des tensions entre les référentiels culturels du politique, de l’action publique de droit commun, des associations, des habitants, de la politique de la ville)
Olivier Noël
Depuis cette position de l’entre plusieurs, l’acteur public (le professionnel pour ce qui nous concerne) doit adopter une posture spécifique qui permet (par des pratiques de modération, d’écoute, d’inventivité),  d’initier un processus de conciliation entre des espaces de sens parfois antinomiques. Ceci s’inscrivant dans une conception de la cité juste c’est-à-dire une cité démocratique.

JOURNEE DU 28 JANVIER 2014: le Projet associatif :

Le principe d’une journée de travail ouverte à tous les membres pour échanger sur le projet associatif a été acté lors de l’assemblée générale de Juin 2013 à Sète. Cette journée a eu lieu le 28 janvier 2014 à Montpellier. Elle a regroupé 20 professionnels membres de l’association. Un certain nombre d’orientations ont ainsi pu être mises en évidence et partagées :
L’objet de l’association :
On a pu vérifier que la différenciation entre professionnels généralistes ou spécialistes ne correspond pas à la réalité des enjeux et des pratiques. Tous se retrouvent autour d’un objectif central : la construction, dans un processus partagé, de projets de territoire solidaires et démocratiques. C’est cet objectif que l’association doit promouvoir.
Les membres de l’association :
Un débat a eu lieu sur la pertinence ou non d’élargir l’accès de la qualité de membre à une palette plus large de professionnels. Il a été convenu que la formule actuelle qui laisse la décision aux mains du professionnel lui même est à conserver (Peut être membre de l’association tout professionnel qui considère qu’il intervient dans – ou qu’il est concerné par- le  champ de la politique de la ville)
La parole collective :
« Il faut renforcer le portage d’une parole collective et militante », ce repositionnement a été affirmé lors des débats. Maintenant que l’association est connue et reconnue, maintenant que la fonction de formation peut être relayée par le centre ressources, il est important que Réciprocités investisse mieux un rôle de « lobbying »
Les alliances :
Dans la logique du paragraphe précédent, l’association doit rechercher des alliances pour mieux faire avancer ses idées et ses propositions : autres associations professionnelles (développement local,…), associations catégorielles (directeurs de collectivités), associations d’élus,… Ceci au niveau régional qui est le niveau « naturel » pour Réciprocités mais également au niveau national (IR DSU, Plateforme ASV, DRE, …)
L’organisation :
L’association doit adapter son organisation aux nouvelles orientations :
–          Elle doit exprimer plus clairement ses attentes en matière de formation des professionnels vis-à-vis du Centre Ressources régional
–          Elle a intérêt toutefois à conserver l’organisation d’une journée annuelle d’étude afin de maintenir sa visibilité auprès d’un public large
–          Elle doit fonctionner avec plus de souplesse et de délégation (pour de petits groupes chargés de la conduite d’un chantier).
–          La mise en place de chantiers prioritaires sera préférée au fonctionnement par groupes thématiques
NB : Ces orientations donneront lieu à des propositions d’organisation et de fonctionnement qui seront travaillées en amont par le Conseil d’Administration et présentées à la prochaine AG

CONSEIL D’ADMINISTRATION DU 15 AVRIL :

La DRJSCS a reconduit, sur les mêmes bases que les années précédentes, la subvention de fonctionnement accordée à l’association.
Les membres présents ont fait le tour des villes de la région suite aux récentes élections municipales.
Quatre points principaux ont ensuite été abordés :
–          L’information des adhérents : la parution régulière d’un outil d’information par une lettre électronique a été décidée (quatre numéros d’ici fin 2014)
–          Les attentes en termes de formation : La journée du 28 janvier a mis en évidence les besoins techniques de formation exprimés par les professionnels dans la perspective des nouveaux contrats de ville sur les sujets suivants :
o   La gouvernance
o   La participation (conseils citoyens) àqui pourrait s’adresser également aux élus nouvellement nommés.
o   La mobilisation du droit commun
Un échange prochain sur ces sujets aura lieu avec le centre Ressources Villes et Territoires
–          Les modes de travail à rechercher avec la collectivité régionale tant dans sa fonction de référent des Fonds Européens que dans ses politiques de Droit commun (formation professionnelle). Le Conseil d’Administration propose de susciter en amont une réunion préparatoire entre DRJSCS, SGAR (Préfecture de Région), Centre Ressources et Réciprocités afin d’élaborer une stratégie de contact avec la Région.
–         La relance du groupe régionale d’élus. Un groupe d’élus s’était formé en 2012-2013 à l’initiative d’Alain Roméro vice président de l’Agglo de Béziers, quinze d’entre eux s’étaient déclarés intéressés mais le groupe, qui s’est réuni à cinq six reprises, tournait autour d’un noyau de cinq à six personnes. Alain Roméro qui est reconduit dans ses fonctions souhaiterait examiner avec Réciprocités la relance de ce groupe, ce qui se fera lors du prochain CA.

NB 1 : La prochaine réunion du CA de Réciprocités aura lieu le 21 Mai à Béziers
NB 2 : L’Assemblée Générale annuelle qui se tient traditionnellement en Juin  sera vraisemblablement reportée à la rentrée 2014, le temps pour les équipes locales de prendre la mesure des nouveaux contextes de leurs collectivités.

Commentaires

  • Aucun commentaire.

Poster votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.